Stratégies visuelles de Thomas Hobbes : Le Léviathan, archétype de l’Etat moderne, illustration des oeuvres et portraits PDF

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Pourquoi Thomas Hobbes ne peut-il penser l’État sans en créer une image ? Cette question est au cœur de l’étude que Horst Bredekamp consacre à l’un des frontispices les plus connus et les plus énigmatiques de l’édition moderne Le Léviathan. Si l’œuvre philosophique de Hobbes a depuis toujours attiré attention et commentaires, la représentation qu’il a choisi de donner à son concept est jusqu’ici passée inaperçue. Très à tort cependant, car l’image du Léviathan constitue un élément décisif du discours politique du philosophe anglais. Horst Bredekamp le démontre de manière convaincante et retrace la genèse des images et des sources variées dans lesquelles Hobbes a puisé, transposant l’iconographie en pensée. Théories optiques, traditions rhétoriques et hermétiques confluent ainsi dans la représentation d’un État-monstre qui s’élève pour nous dominer. Plus encore, nous découvrons comment, à travers la publication de ses portraits, le philosophe s’est préoccupé tout au long de sa vie de forger et de promouvoir sa propre image. Ces stratégies visuelles – à la fois philosophiques et personnelles – se révèlent d’une modernité surprenante et, sous cet angle, nous obligent à reconsidérer l’œuvre de Hobbes dans son ensemble.

Tirant son titre du monstre biblique, il traite de la formation de l’État et de la souveraineté, comme le montre l’allégorie souvent commentée du frontispice, qui représente le corps de l’État-Léviathan formé des individus qui le composent. Très critique à l’égard de la scolastique, Hobbes est radicalement matérialiste et rationaliste. Cet ouvrage suscite dès sa parution d’intenses controverses, notamment en raison de ses positions sur la religion, que Hobbes considère comme une passion reposant sur la peur de l’inconnu, tout comme les superstitions. Il fait du souverain le dépositaire de la foi et l’interprète autorisé des enseignements bibliques, réduits à un contrat entre Dieu et l’homme. Influencé par Hugo Grotius, l’ouvrage est un classique de la théorie du contrat social et a suscité une vision opposée de la part de Jean-Jacques Rousseau. Lorsque le Léviathan paraît à Londres en 1651, la vie politique est en plein bouleversement.

1646 et exécuté sur ordre de Cromwell en 1649. En conséquence, quel que soit le type de souveraineté — monarchie, aristocratie, démocratie —, celle-ci n’est effective que si elle détient le pouvoir absolu. Portrait de Thomas Hobbes par David Beck vers 1650. Hobbes rompt également avec la philosophie antique et en particulier la Politique d’Aristote, qui visait à établir l’organisation sociale sur des principes moraux plutôt que sur la réalité des rapports humains, tels que les conçoit Hobbes. Il met cette méthode en application dans Léviathan, où il commence par poser des définitions fondamentales afin d’élaborer une anthropologie morale et politique.

Il attache aussi une grande importance au mouvement, qui permet d’expliquer de nombreux phénomènes non seulement dans la matière mais aussi dans la pensée et les passions, qui sont des mouvements provoqués par notre imagination. L’ouvrage est divisé en quatre parties. La première, intitulée  De l’Homme , explique le fonctionnement des sens et montre que tout ce que nous imaginons dérive de nos perceptions, des signes, de trains de pensées plus ou moins dirigées, de notre mémoire et du langage. La deuxième partie porte sur l’organisation de l’État, dont la responsabilité première est d’assurer la sécurité des citoyens. Il prévoit les moyens de maintenir la paix sociale, notamment en assurant le plein-emploi. La troisième partie porte sur le rôle de l’Église dans l’État. Hobbes examine le degré de véracité des livres révélés et conclut que la Bible est seule digne de foi en raison des miracles accomplis.

Dans la quatrième partie, Hobbes identifie les écueils dans lesquels le public peut tomber par suite d’erreurs d’interprétation de la Bible et de croyances superstitieuses, telles la démonologie et les pratiques païennes. Loin d’être un simple ornement du livre, le frontispice du Léviathan en est une composante essentielle. La partie supérieure représente des régions vallonnées que domine le torse d’un géant ceint d’une couronne, brandissant une épée dans la main droite et une crosse épiscopale dans la gauche. La soumission de tous à la volonté d’un seul homme, ou d’une assemblée, s’appelle union. Le Léviathan est un monstre évoqué à plusieurs reprises dans la Bible et dont le sens est ici donné par la citation du Livre de Job au sommet de l’image.

Le Léviathan commence par exposer une théorie de la connaissance. Sur le versant ontologique, Hobbes nie qu’il existe un monde des idées ou des formes, comme c’est le cas chez Platon. Une réalité immatérielle, indépendante de notre esprit, est une absurdité. Le langage est le privilège de l’homme : sans lui, il ne pourrait y avoir ni État, ni société, ni contrat, ni paix. Le modèle scientifique par excellence est fourni par la géométrie,  seule science qu’il plut à Dieu de livrer à l’humanité  : celle-ci, en effet, commence par poser les définitions, ce qui est essentiel pour assurer la vérité du raisonnement. Hobbes a lu et critiqué les thèses de Descartes.

Portrait d’après Frans Hals, musée du Louvre. L’homme est sans cesse animé par des passions, car tout est mouvement et la tranquillité de l’âme est chose impossible à atteindre. Dans ce chapitre :  il examine et redéfinit les passions comme des représentations intentionnelles, capables de se muer en impulsions. Il identifie sept passions simples : appétit, désir, amour, aversion, haine, joie, tristesse. De ces passions primitives dérivent toutes les autres. De même,  Le désir, en faisant du mal à un autre, de le punir d’une chose qu’il a faite est la rancune. Le désir de savoir pourquoi et comment est la curiosité.

La folie est l’extrême degré de la passion. Descartes distingue lui aussi entre passions primitives et passions secondaires :  Mais le nombre de celles qui sont simples et primitives n’est pas fort grand. Hobbes, qui connaissait les travaux du philosophe français, avait très probablement lu cet ouvrage, car sur les sept passions simples qu’il propose, cinq sont déjà présentes chez Descartes, mais il fait de l’admiration un dérivé de la curiosité, alors qu’elle est une passion primitive chez Descartes. Hobbes a beaucoup emprunté aussi à la Rhétorique d’Aristote, ouvrage qu’il avait traduit en 1637. Parce que Léviathan n’est pas un antagoniste, mais la condition de possibilité et la limite de mon antagonisme civilisé avec les autres atomes humains.

Sans lui, il n’y a que la guerre totale Pour Aristote les émotions sont le moteur de l’histoire. Pour Hobbes, au contraire, toute rébellion est une atteinte à la souveraineté, donc à la raison d’être d’un État. Pour Hobbes, l’état de nature est celui de la guerre de chacun contre chacun. Il en résulte, selon Hobbes, qu’une telle société est en situation de chaos et de guerre civile. Dans l’état de nature, les hommes n’ont aucune notion du bien et du mal, du juste et de l’injuste :  En raison de cette guerre de chacun contre chacun, il s’ensuit que rien ne peut être injuste.

Les notions de bien et de mal, de justice et d’injustice, n’y ont pas leur place. Le droit naturel dépend des forces de chaque individu. Il faut donc instituer des lois pour délimiter le domaine de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas, en se basant sur la raison : ce sont les  lois de nature . Cette première loi induit que l’individu recherche la paix pour se protéger et, à cette fin, qu’il entre dans un contrat avec les autres en abandonnant son droit naturel, ce qui est la deuxième loi de nature. L’égalité est ainsi la neuvième loi de nature.

Cette thèse novatrice et audacieuse rompt avec la tradition philosophique de Platon et Aristote. Il explique aussi que l’inégalité actuelle est le résultat des lois civiles. Le désir est toujours présent et ne pas en avoir équivaut à être mort. Hobbes développe ainsi la thèse d’un contrat social et de règles venant d’un souverain. Scène de tuerie dans un milieu urbain montrant une centaine de personnages. Le massacre de la Saint-Barthélemy par François Dubois, Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.

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