L’idée d’image PDF

C’est le titre de l’ouvrage de Erwin Panofsky dans lequel l’auteur, en refusant de réduire la perspective linéaire à un simple problème technique ou mathématique, montre que contrairement aux idées reçues, elle ne correspond pas une restitution fidèle de la vision « naturelle » de l’homme mais qu’elle est une construction symbolique de l’espace représenté. Si elle permit une libération des l’idée d’image PDF en cherchant à objectiver la représentation, elle s’est transformée aussi – dans le même temps et par le rejet de toute interprétation subjective que cette objectivation supposait – en norme, en modèle dont les effets influencent aujourd’hui le fondement même de notre perception visuelle. C’est dans cette dialectique que l’on peut résumer ci-après les grands traits de la perspective.


Une des premières révolutions conceptuelles que l’on peut attribuer à la perspective a été de se débarrasser des valeurs symboliques et religieuses qui structuraient auparavant la peinture. La perspective se veut être une forme objective de la représentation, une tentative d’ériger l’art en science, avec ses règles et ses lois. Si un tableau est positionné à l’emplacement qu’il représente et si le regard du spectateur occupe la place qu’occupait le regard du peintre, alors les lignes, formes et objets du tableau complètent très pécisémment la part de l’espace que ce dernier cache. On trouvera, au chapitre suivant, quelques principes qui guident la représentation en perspective.

Avec la perspective, la place du subjectif est gommée, l’art est devenu science, la peinture libérée du poids des valeurs sociales et des idéologies antérieures par une démarche de pensée rationnelle. La perspective « a réussi à opérer la transposition de l’espace psychophysiologique en espace mathématique, en d’autres termes, l’objectivation du subjectif. En voulant reproduire au mieux la réalité, « les peintres se sont en fait dotés d’un instrument infiniment plus doué qui leur permet de construire des espaces imaginaires, d’inventer des fictions qui sont apparemment aussi cohérentes, aussi vraisemblables, aussi vivantes que la réalité. Mais cette libération ne pouvait s’accomplir qu’à l’intérieur d’une autre révolution plus générale sur la sur la représentation du monde, la plus importante sans doute. La perspective suppose en effet la construction d’un ou plusieurs « points de fuite ». Le point de fuite est ce lieu abstrait où convergent les droites, il est situé à l’infini.

Or l’infini était jusqu’alors d’essence divine. Représenter l’infini par un point, concevoir même plusieurs lieux pour l’infini ou faire d’un lieu infini un centre, supposait de profonds bouleversements conceptuels. Ces changements n’ont donc pu se produire qu’en parallèle avec le développement des autres sciences, celui de la cosmologie en particulier. La rétine de l’œil est sphérique. La projection des rayons lumineux ne se fait donc pas sur un plan mais sur une surface curviligne.

Assimiler une portion d’arc à la corde de cet arc a des conséquences à peine perceptibles si l’on ne prend en compte qu’une faible partie du champ visuel. Ce qui ne correspond pas à notre expérience visuelle de la réalité puisque dans ce cas là les colonnes étant de plus en plus éloignées du point de vision, leur taille apparente diminue. La perspective linéaire suppose un centre de vision unique, autrement dit une vision monoculaire. Or, notre système visuel binoculaire et la vision stéréoscopique qu’il permet, est une adaptation particulièrement remarquable du vivant à la perception du relief et en particulier aux objets qui nous sont proches. La différence entre la vision monoculaire et binoculaire n’est insignifiante que pour les objets et paysages éloignés. Lorsque l’angle de vision est perpendiculaire aux lignes des objets, celles-ci demeurent parallèles dans la représentation, et ne peuvent donc pas prendre pas en compte la différence de taille due à l’éloignement.

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