L’Émancipation des Noirs dans la Révolution française : 1789-1795 PDF

L’historiographie haïtienne ou encore l’œuvre de l’abolitionniste Victor Schœlcher ont érigé Toussaint Louverture en modèle de libérateur de l’oppression. Le projet : une restauration de l’ordre ancien au profit l’Émancipation des Noirs dans la Révolution française : 1789-1795 PDF Noirs créoles ?


A partir des nombreux documents produits par l’immense « révolution du papier » née en 1789, journaux, brochures mais aussi archives de gouvernement ou de police, cet ouvrage montre que le retard, très relatif en comparaison de celui d’autres abolitions, mis à appliquer des principes proclamés universels (droit des esclaves à la liberté et droit des mûlatres à l’égalité avec les blancs), s’explique essentiellement par les contradictions qui parsèment la Révolution, lesquelles soulignent pendant ces 4 ans et demi le facteur idéologique de défense du droit naturel. Ainsi le décret du 15 mai 1791, dont les historiens ont systéma- tiquement surévalué les limites, constitue à la fois l’aboutissement et le point de départ de mouvements de solidarité avec les Noirs.

La première partie de l’existence de Toussaint appartient en grande partie à la mythologie. Cette rumeur circulait de son vivant. Bernard Gainot, dans son cours magistral enseigné à La Sorbonne, ce mythe d’une ascendance royale trouve peut-être son origine dans le fait que Toussaint Louverture savait lire et écrire, que cela impressionnait énormément les autres esclaves. Son éducation lettrée a donc été indépendante de ses origines familiales. Toussaint sert d’abord comme esclave sur l’habitation Bréda, située sur le Haut du Cap au nord de l’île.

Mais cette date est ambiguë car basée sur un acte où il est question d’un autre affranchi : on ne sait donc pas si la date indiquée le concerne vraiment. De ce fait, s’il est certain qu’en 1776 Toussaint est totalement libre, il est probable que son affranchissement remonte à la fin des années 1760 ou au début des années 1770. Toussaint Bréda fait ainsi partie des esclaves noirs qui bénéficient, sous l’Ancien Régime d’une ascension sociale. Sa situation, à l’aube de la Révolution française, est donc plutôt confortable pour un noir des colonies. Or la Révolution française menace l’ordre socio-économique dont il est, relativement, l’un des bénéficiaires. Il existe deux courants historiographiques au sujet du rôle joué par Toussaint Louverture dans la révolte des esclaves du Nord en 1791. Céligny Ardouin rapporte à partir de témoignages d’anciens vétérans que Toussaint Bréda aurait été contacté par les royalistes pour fomenter l’insurrection.

Les royalistes cherchaient par ce biais à porter atteinte au mouvement des patriotes autonomistes, c’est-à-dire aux petits Blancs. Blancs, il pouvait facilement être une victime de la répression. Par conséquent, avec une certaine habileté, Toussaint Bréda aurait adopté un double jeu. L’enlisement marqué par l’extension du mouvement et la relative paralysie des propriétaires européens et mulâtres l’aurait poussé à s’impliquer davantage dans l’insurrection, dans le but de canaliser les insurgés, se transformant ainsi en meneur d’hommes.

Bernard Gainot, il lui organise une garde disciplinée à l’européenne qui tranche avec la totale désorganisation des insurgés. Pour Toussaint, cela est peut-être une question de survie : être à la tête d’un mouvement discipliné lui est sans doute plus efficace pour protéger sa personne et ses biens qu’être seul face à une horde d’insurgés laissés à eux-mêmes. Au printemps 1793 les Espagnols offrent aux révoltés un sanctuaire, en même temps que la liberté à ceux qui combattraient pour eux. Toussaint troque alors son nom Bréda pour Louverture, surnom qui, bien que faisant l’objet de spéculations diverses, devait suggérer son habileté à ouvrir une brèche dans les rangs de l’adversaire. Ses qualités militaires le mènent à développer des ambitions politiques. Le 18 mai 1794 il rallie ainsi le camp républicain sur l’offre du 5 mai 1794 du gouverneur général Lavaux. Toutefois, il est vrai, la proclamation par Sonthonax, commissaire de la République pour Saint-Domingue, de la liberté générale sur l’île en août 1793 rend le camp français plus attractif pour les anciens cultivateurs esclaves, que le camp espagnol.

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